Le langage est un édifice sans fin, construit de pierres de sens et de mortier de silence. Moi, explorateur des fissures du langage, perdu dans son labyrinthe, je travaille non pour achever l’édifice, mais pour reconnaître ses fissures. Chaque mot est une brique vacillante entre présence et absence, entre lumière et ombre. Dans cet espace, la traduction devient un rituel : le sens y est versé d’un calice à un autre, et dans ce passage, il change de couleur, de goût, de forme.
Mon travail explore cet intervalle d’espace entre les langues, entre la voix et le corps, entre ce qui peut être dit et ce qui demeure indicible. Je crois que l’impuissance à dire est déjà une langue, et que le silence est une conversation secrète. Je me tiens là où la traduction se défait, où le sens devient instable à la frontière des êtres : là où les mots se vident et où ne restent que la vibration d’une voix, le mouvement d’une main.
Dans un monde bâti sur des axes verticaux de pouvoir et de hiérarchie, j’étends ma recherche sur l’horizontalité, sur cette surface où tout devient égal : langues, corps, sons. Ce passage du vertical à l’horizontal, du pouvoir à l’expérience, représente pour moi le moment de la libération : le retour à la racine première, à un temps d’avant Babel, avant la dispersion des langues.
Mais dans tout retour se cache une rupture. Chaque traduction, chaque répétition, chaque relecture est une trahison sacrée : un acte par lequel le sens se sacrifie pour que d’autres sens puissent naître. Je ne cherche pas la vérité du langage, mais l’expérience vivante de son inachèvement.
Mes travaux sont une invitation à demeurer sur cette frontière-là, où la voix devient silence et où le silence ouvre un autre langage. Ici, la traduction n’est plus transmission, mais manifestation de l’instabilité du sens ; chaque performance, chaque son, chaque geste marquent l’effort infini de comprendre et d’accepter que comprendre, c’est aussi reconnaître ses propres limites et leur représentation.